Les cordonniers sont effectivement les plus mal chaussés.




On raconte que les psychologues sont fous.

Sinon, comment feraient-ils pour s'intéresser autant à ce qui ne va pas chez nous ?

Pourtant, on ne dit pas que les médecins sont malades.

Ni que les mécaniciens sont des pannistes - des spécialistes de la panne.

Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que les psychologues, comme tout un chacun, ont leur lot de maladies mentales, de problèmes, soucis et autres délices psychopathologiques.

Nous avons souvent tendance à croire que le spécialiste d'un sujet, le maîtrise forcément dans sa vie.

Disons plutôt qu'il a un regard plus pointu sur ce qui lui arrive.

Ou qu'il est censé l'avoir.

Par exemple, le médecin peut sans doute diagnostiquer la plupart de ses affections au quotidien.

Et de la même manière, l'imam pointera du doigt les manques qu'il rencontre dans sa quête spirituelle.

Le fait est que tout bon médecin, imam, mécanicien ou psychologue, aura sans doute du mal à intervenir lui-même de la meilleure manière sur ce qui lui arrive.

Manque de recul. 

Analyse expéditive.

Et mauvaise foi tout à fait fondée.

De mon côté, cela fait longtemps que je ne cache pas mon addiction au sucre.

On pourra parler de ma desintox à une autre occasion d'ailleurs.

Ces dernières semaines, je me rends compte d'autre chose.

Ce qui jusqu'à présent n'était qu'un trait de personnalité, devient prédominant, enfle et grossit.

Cela s'agite, comme un nuage massif qui annonce une tempête terrible.

Et à bien y réfléchir, cela ne date pas d'il y a quelques semaines.

Cela fait des années que c'est en train de se mettre en place en suivant la courbe d'une montagne russe.


Note à moi-même : déménager en Antartique. 


Là où il n'y a personne.

Car voilà, le cumulo-nimbus qui couvre mon horizon : plus le temps passe et plus j'ai du mal à garder le contact avec les gens.

Et même à construire des relations durables avec de nouvelles personnes.

Je me rends compte qu'il y a un décalage qui se creuse de jour en jour entre ce que je crois et ce que je vis à ce sujet.

Ce que je crois, c'est que la communauté, l'interaction, le partage sont primordiales, positives et porteuses de beaucoup d'espoir.

Pour autant, je ne suis pas l'exemple de la sociabilité.

Bien au contraire.

Je me renferme de jour en jour sur le noyau de mes proches et j'érige des barrières de plus en plus épaisses avec mes amies et mes connaissances.

Que dire des étrangers que je n'ai pas encore rencontré.

On me dit sauvage. On dit que je n'aime pas les gens.

Je suis pourtant très heureuse en compagnie des autres.

Mais lorsque je ne suis pas en leur compagnie justement, le niveau de ma disponibilité téléphonique baisse drastiquement.

L'autre se vexe avec le temps, s'éloigne. Je m'isole et je m'y habitue.

Alors, j'ai commencé à pointer du doigt ce qui déclenche ce type d'éloignement chez moi, asociale que je suis.

J'ai repéré deux axes principaux.


Il y a bien une raison à tout cela - et même deux.


Le fait est que les personnes que je vois le plus souvent - en chair et en os - sont justement mes proches.

Les autres, ce sont des contacts que je ne vois pas, avec qui je ne parle pas directement.

Et n'est-ce pas ennuyeux de faire reposer toute une relation sur des télééchanges ?

Donc mon problème vient d'une part d'un assemblage complexe entre smartphone, internet et activités.

C'est le premier axe.

Le deuxième axe s'appuie sur les changements psychosociologiques de notre époque.

Nous sommes à l'ère de l'exposition où tout un chacun peut à souhait présenter les détails de sa vie sur la place publique.

Ce n'est pas une obligation et beaucoup encore ne le font pas.

Mais une plus large partie de la population semble avoir changé sa manière d'interagir avec autrui sous prétexte de cela et sans forcément s'en rendre compte.

Je crois sincèrement que c'est inconscient mais nous devenons de vrais petits enquêteurs qui considérons comme sain et normal, et de plus en plus nécessaire même, de connaître ce que l'autre vit, pense et ressent.

Sans se soucier de son intimité et de son espace privé.

Ou du degré de familiarité que l'on a avec lui.


Déploiement de l'armure de protection intégrale.


Si je te raconte tout cela c'est justement pour en arriver à ces deux axes précis.

Parce qu'en m'éloignant comme je le fais, comme un mécanisme de défense en fait, je ne fais que refléter un aspect des changements que notre société vit en terme de relation et de communication.

Peut-être que tu te retrouveras un peu ou beaucoup dans cet aspect ou peut-être que tu te différencieras complètement de ce que je vis.

Mais j'espère que dans tous les cas, cela te permettra de prendre quelques instants pour réfléchir à tout cela.

Voilà ce que je te propose.

Je vais consacrer une série d'articles aux observations que je ferais de mon expérience personnelle.

Nous verrons ce que cela donnera en terme de réflexion, de construction et d'échanges également.

Premier article sur les télécommunications demain in cha'ALLAH.

Nom de code : o2.

Tu comprendras l'allusion.

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